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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:48

 

Suite de  Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, "fech-fech"


Souvent décrit dans les livres sur le Sahara, notamment sous sa forme magique, le chant de la dune est interprété par les habitants du Sahara comme une manifestation  des "djinns", esprits qui rodent dans le désert. J'ai eu le privilège d'entendre le doux chant, sourd, comme une sorte de vrombissement, de  la dune de Temet, au Niger...


Une trentaine de dunes chantantes ont été recensées dans le monde, principalement en Chine et en Amérique mais aussi dans le Sahara, toutes les dunes n'étant pas sujettes à pareil phénomène.

Le chant des dunes a été récemment étudié et expliqué en partie. Le son est émis lorsqu'une avalanche (naturelle ou déclenchée artificiellement en marchant sur la dune) se déclenche dans la face la plus pentue de la dune (appelée de ce fait face d'avalanche).


dune.jpg

Dune de Temet (300 m) la plus haute du Niger.

Clic sur l'image pour l'agrandir




Le chant des dunes est le nom donné au bruit émis par certaines dunes dans les déserts lorsque les grains de sable qui les composent entrent en résonance. Ces dunes sont nommées dunes mugissantes ou dunes musicantes.

Marco Polo mentionne dans ses écrits le phénomène, inquiétant pour certains, merveilleux pour d'autres : "les sables qui chantent parfois remplissent l'air avec les sons de toutes sortes d'instruments de musique, et aussi le bruit des tambours et du choc des armes".

Ecouter le chant de la dune ici


 


Une des théories tentant de décrire de manière plus complète le phénomène, notamment en essayant d'identifier le mécanisme à l'origine du son, précise que le son est émis en raison du chevauchement périodique des différentes couches de grains de sable, qui conduit à un fondamental et des harmoniques clairement définis. La fréquence fondamentale varie entre 60 et 105 Hz selon la taille des grains. La puissance sonore semble être de l'ordre de 110 dB à la surface de la dune.


Selon des chercheurs du CNRS, la coulée de sable fonctionne comme une membrane de haut-parleur. Les grains de sable se déplaceraient de façon parfaitement synchrone, produisant chacun les mêmes vibrations sur l'air qui seraient à l'origine du chant. Si les grains ne bougeaient pas en cadence, les dunes sonneraient faux ou seraient muettes. Reste à découvrir l'origine d'une telle synchronisation et les conditions précises qui permettent aux dunes cantatrices de donner de la voix. Composition des grains, taux d'humidité du sable sont deux pistes étudiées par les scientifiques.

D'autres théories expliquent la génération du son par un modèle type "guide d'onde" à l'aide des différentes couches de sable formées par avalanches successives, expliquant ainsi pourquoi la fréquence est relativement bien définie à l'aide des modes du guide d'onde.


Une dernière théorie enfin stipule que le son est généré par accordement entre la fréquence de sauts des grains de sable lors de l'avalanche, et la fréquence de vibration solide engendrée dans les couches internes de la dune.

 

Pour les Bédouins, le bruit trahit la présence des djinns, esprits qui rôdent dans le désert.(source)

 

 

 

 

Le chant des dunes présenté par Stéphane Douady.
Depuis marco Polo ces sons étranges que l'on peut enntendre dans certains déserts fascinent. Stéphane Douady montre ici les différentes sons que peut faire ce sable musical, ou chantant, qui chante dès qu'il est cisaillé, avec les mains, les pieds, ou lors de grandes avalanches.

Enregistré sur une dune qui chante au Maroc.
Filmé par Étienne Chaillou et Mathias Thery.

 

 

 

 

Je me régale, avec cette série d'articles sur le Sahara.

Cela me donne l'occasion de fureter dans des vidéos,
pour vous en choisir quelques-unes, qui me semblent les plus pertinentes.
Je les découvre avec vous !


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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 07:00

Tenere Tafassasset plantage 4x4

 

 

Suite de  Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, suite

 

Le « fech-fech » est une sorte de sable, extrêmement fin, pulvérulent, que l'on trouve dans le désert et qui  a la consistance de la farine. Il se comporte comme un fluide et lubrifie totalement les roues du véhicule.

 

On l'assimile à des sables mouvants. Des sortes de "baignoires à fech-fech" sont omniprésentes sur tout trajet saharien. C'est la plaie des voyageurs,  qui, une fois enlisés sont obligés de dégonfler leurs roues et de glisser sous elles des planches ou des "tôles" pour que leur véhicule puisse sortir de l'ornière.

 

En roulant, les touaregs réussissent souvent à éviter ces zones car leur couleur est souvent plus claire que le reste du sol.

Malgré cela, au cours d'une journée, il n'est pas rare qu'un des deux véhicules se "plante" plusieurs fois.

Evidemment, les touristes prêtent main forte... (André, en rouge)


Il parait que dans certaines régions d’Afrique, à la pleine lune, le  fech-fech est tellement fin qu’il donne au terrain qu’il recouvre l’aspect luisant et les reflets d’un lac...


Fech-fech -(pour géologues)

 


 

Tenere de Tafassasset fech fech


Le terrain sabloneux, généralement, est dur et permet de rouler aisément. Sauf quand on tombe dans une "baignoire" de fech-fech : on la voit très bien sur cette photo.

Bakri, en bleu, Mohamed et au loin, nos véhicules.

 

 

Tenere Tafassasset33

 

 

Sans titre - 8

Le 4x4 vient juste de sortir du fech-fech, grâce à l'équipe touarègue, parfaitement rodée.

Pelles et  tôles de désensablement vont être rangées à leur place, jusqu'à la prochaine fois...

 

 

 

 

Tenere Tafassasset2

 

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 18:41

Suite en images de  Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, les 360 km de vide.

Je viens de passer un bon nombre d'heures à numériser, et surtout à corriger, mes photos du Sahara du Niger, de 2000...

Voici donc un complément d'images et un peu de musique.



Tenere-et-Dajado.jpg

Bivouac au pied des sentinelles de pierre du plateau de Djado,

après la traversée du Ténéré de Tafassasset.



"Comme chaque soir, nous choisissons notre « chambre ». C'est un moment fort. Chacun prend son sac et va  nicher son bivouac où bon lui semble, dans un endroit merveilleusement calme et d'une somptueuse beauté.   J'installe le mien aux pieds de deux sentinelles de pierre titanesques et, par plaisanterie, je demande au guide de m'assurer qu'elles ne vont pas me tomber sur la tête pendant que je dors. Il me répond : « Elles ne tomberont pas, inch'Allah, mais tu verras bien ! » et il pousse un hurlement de rire colossal".

 

Extrait de Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, les 360 km de vide.



Tenere Tafassasset Mohamed

Mohamed, notre guide, d'une bonne humeur permanente et contagieuse !




Tenere Tafassasset bivouac touareg

Bivouac des touaregs, de gauche à droite, Hamma le cuisinier, Mohamed le guide,

Bakri l'organisateur et Moussa le chauffeur.

 

 

 

 

 

 

Et pour terminer en musique

Tinariwen, musicien touareg malien,

interprète "Amassakoul 'N' Tenere".

 

 

 


Tinariwen (en touareg : « ⵜⵏⵔⵓⵏ » ; du tamasheq, « les déserts », pluriel de : ténéré)

est un groupe de musique, originaire de Tessalit au nord est du Mali, dans l'Adrar des Ifoghas.

Source

 




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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 10:37

 

Le fait d'en avoir parlé récemment à mes amis, me donne envie de publier la série de textes illustrés, sur le Sahara du Niger.

J'ajouterais que ce voyage (voir détails en fin d'article) me semble avoir été un des plus beaux de ma vie.

Les photographies seront peut-être améliorées ou plus nombreuses, quand je prendrai le temps de les numériser. Eh oui, en 2000, c'étaient des diapos.

 

 

 4x4

Le « pick-up », Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, février 2OOO

 

 

 

 

« Ici comme là, vivre c’est avancer sans cesse, à travers un décor à la fois immuable et changeant, identique à l’œil et que l’on ne saurait différent sans le témoignage du sextant, de la montre et de la boussole, s’aventurer comme à tâtons sous les plus éclatants soleils, savourer l’amertume de se sentir en pleine marche, prisonnier d’un espace pourtant sans barreaux, et plus étroitement confiné, en cette libre immensité, qu’au plus étroit des cachots qui, du moins, a une porte, perpétuelle espérance, puisqu’une porte, parfois, cela s’ouvre.

Ici point de serrure, le grincement de la clé ne viendra pas, soudain, faire tressaillir le captif ; rien n’est fermé, rien… que cet implacable horizon, démesuré, mais hermétique où, dans les moires fluides  du mirage, nos cœurs, lourds d’une angoisse que nous n’avouerons  pas, chercheront un signe, n’importe quoi, mais quelque chose, une touffe, un caillou, une ombre, quelque chose pour nous prouver que nous avons avancé depuis hier, que nous n’avons pas tourné en rond, à la remorque d’une boussole affolée par quelque imprévisible anomalie magnétique, que nous approchons du but ».

Théodore MONOD, MEHAREES

 Actes Sud     

 

 

 

« La nature a horreur du vide » paraît-il ? Dans nos contrées cela semble évident : « plein » d’êtres humains, « plein » de plantes et de forêts, « plein » à manger, « plein » de routes et de voitures, vous devinez aisément le reste : travail, spectacles, relations etc. Ici le « plein » est partout, si omniprésent qu’il semble naturel.

 

Je ne m’explique pas autrement, par contraste, ma fascination subite, alors que je feuilletais un guide sur le Sahara du Niger, pour une image (en noir et blanc) représentant le Ténéré de Tafassasset, photo accompagnée d’un court texte lyrique faisant l’éloge du vide. Je n’avais jamais vu ça. Pour la photo, imaginez un rectangle, scindé en deux dans le sens de la longueur, le haut tout blanc, le bas tout noir, sur lequel un minuscule 4 X 4 s’inscrivait, suivi d’un nuage de poussière… Dans le texte, il était question de « sensations indescriptibles » ressenties en traversant 36O km de vide absolu. Rouler dans le vide pendant des heures, comment était-ce possible ? Il y était aussi question de « l’arbre du Ténéré ». Là aussi, la photographie était d’un misérabilisme absolu. Elle me frappa l’esprit à un tel point que je pris la décision aussitôt d’aller me rendre compte sur place, d’aller à la rencontre de l’inconcevable.

 

 

Tenere envol 4x4 2000 

« L’envol du 4X4 », Ténéré de Tafassasset, février 2OOO

 

 

 

Sahara du NIGER - Ténéré de Tafassasset – février 2OOO.

Traversée nord-ouest, nord-est – Impressions d’après mon carnet de route.

 

Le soleil me réveille comme chaque jour à 6 H 3O, en super forme. Température : 8° . Il fait plus froid qu'hier à cause du vent. Malgré tout,  j’ai bien dormi, calfeutrée dans mon sac de couchage, à la chaleur renforcée par une doublure intérieure en laine polaire, très douillette. Sur ce terrain sans relief ni rochers, je ne dispose, pour tout rempart contre les courants d’air glacés, que de mon sac de voyage.

 

Avant le signe de ralliement du départ, j'ai tout juste le temps de régler quelques petits tracas, par exemple enlever une épine fichée dans mon orteil et trouver une solution bancale pour ma lampe frontale qui est tombée en panne hier, une fois de plus.  Je n'ai qu'une petite ampoule de rechange qui fonctionne, mais elle n'est pas « à vis » comme il le faudrait. Alors, pour qu'elle s'allume, je dois la tourner à la main, sans pouvoir utiliser le « couvercle »  de la lampe, prévu à cet effet. Ce faisant, je risque de perdre cette précieuse ampoule à tout moment (j'ignore si vous pouvez vous représenter un tel bidouillage). Mais trêve de détails techniques assommants. Si ce matériel lâche, j’apprendrai à me déplacer et à gérer mon bivouac dans le noir, comme les touaregs.

 

Neuf heures. Le 4 X 4 et le pick-up s’élancent pour la fameuse traversée du Ténéré de Tafassasset, et à présent, j'écris, chaotiquement à cause des secousses, dans mon journal de bord.  Il fait déjà très chaud : 35° à l'ombre. Toutes vitres ouvertes, les courants d’air redoutés durant la nuit, sont à présent bienvenus. Onze heures. Nous roulons depuis deux heures, à une vitesse de 6O à 8O km/heure, dans des immensités sableuses étales, sans le moindre repère. A peine aperçoit-on parfois quelques cordons dunaires lointains, puis rapidement, plus rien.  C'est un peu angoissant et personne ne dit mot. Comment le guide Mohamed fait-il pour se repérer ?

 

Nous avons tout notre temps pour détailler finement le paysage archi-plat : si aux alentours n’y a apparemment « rien à voir », le sol en revanche est digne d’attention : le sable est jaune clair, avec des nappes de nuances différentes, dans des tons pastel : rose pâle, blanc ou gris. Le gris est dû à des concentrations de petits cailloux de toutes les couleurs, lisses et brillants, certainement d’origine volcanique. Dans l'ensemble, le terrain est dur et évoque une autoroute cyclopéenne, sur laquelle nous serions absolument seuls dans une sorte de néant, de monde parallèle. C'est vertigineux.  Un peu ahuris, attentifs et respectueux, nous nous laissons envahir par ce grand vide silencieux. Pas un mot dans le 4 X 4.

 

Vent de panique à bord ! Que se passe-t-il ? Les « surfaces grises », plus molles, semblent vouloir happer le véhicule ! En fait, les différentes couleurs du sol et la vitesse du 4 X 4 produisent d'angoissantes illusions d'optique : quand nous roulons d'une zone foncée vers une plus claire, on dirait qu'il va y avoir une forte montée, et même que nous allons nous écraser contre un mur ! C’est très inquiétant, mais en fait il n'en est rien, et le terrain reste plat. Nos yeux s’usent et se fatiguent à essayer de déchiffrer cette piste énigmatique aux repères inconnus.  Parfois -rarement- nous sommes secoués brutalement comme s'il y avait un trou ou une bosse (parfaitement  invisibles sur le terrain) ce qui nous réveille de cette contemplation quasiment  narcotique. Aucune végétation, rien, c'est effrayant et grisant à la fois.  Mais, sur quelle planète ou satellite sommes-nous ? Mars ou la lune ? Curieusement, tous les cinquante kilomètres environ, une dune apparaît à l'horizon, qui ressemble à s’y méprendre à une pyramide d'Egypte. Nous pouvons également observer quelques anciennes traces de pneus, seulement visibles sur les surfaces grises.

 

Le guide donne sans cesse la direction au chauffeur, Moussa, en la lui indiquant d'un sobre mouvement de la main, sans un mot, en authentique homme du désert, calme et sûr de lui. Nous ne parlons pas, ou peu, fascinés par la beauté et la pureté de ce vide absolu. Le regard s’épuise en cherchant désespérément une chose à quoi se raccrocher, mais il ne rencontre, là-bas à l’horizon, que les mirages. Des flaques de ciel bleu pastel vibrent et s’évaporent dans les sables. D'immenses lacs miroitants, parsemés de minces îlots, s'évanouissent dès qu'on les approche, puis d'autres apparaissent et disparaissent sans fin. Dans ces immensités inconcevables, nous flottons au milieu de nulle part, là où le sable et le ciel se rencontrent et se confondent.

 

« On se déplace des heures durant dans un monde sans horizon,  comme un skieur dans le brouillard. Le vertige vous prend, ainsi que dans un ascenseur qui n’arrêterait pas de descendre. » (1) Trois cent soixante kilomètres hallucinants, où nous voguons dans un véhicule qui semble être tantôt  un véhicule tout terrain,  un navire ou  un avion, subissant roulis, tangage et turbulences.  Nous endurons également des  « attaques de bagages » (expression de Mohamed) : les soubresauts violents du véhicule  font dégringoler régulièrement nos gros sacs de voyage sur nos têtes !

 

Puis le sol change de couleur et devient uniformément brun-rouge foncé, presque noir. C’est là qu’a dû être prise la fameuse photographie qui avait tant frappé mon imaginaire. J’y suis ! Est-ce que je rêve ? Mon cœur bat très fort. Un arrêt fortuit me permettra de toucher la réalité du doigt d’observer la nature du sol : il est constitué de fin sable clair, recouvert d'une fine croûte de sable plus grossier, milliards de  petits cailloux brun-rouges brillants lustrés par le vent du désert. Chaque pas, chaque passage de véhicule, laisse une trace indélébile en brisant cette fragile croûte brune qui a du mettre un temps considérable à se constituer ; nous nous interrogeons en constatant que cette pureté minérale semble égratignée à jamais par le passage des hommes.  Etranges graphismes... Traces d'occupation humaine modernes ? Dignes d'une photo au même titre que les gravures rupestres ? Pour moi qui suis fascinée par les sols, c’est l’évidence et je ne m’en prive pas.

 

 

 Tenere croute sable

  Ecritures dans la « croûte » brune du Ténéré de Tafassasset, février 2OO

 

 

Arrêt. Silence. Méditation. Ténéré, désert des déserts, tant de fois rêvé ! Eh bien, j’y suis à présent et j‘ose à peine y croire. La réalité dépasse de loin tout ce que j’avais pu imaginer. Cette impression de flotter dans l'éternité m'ennivre et me grise. De petites pierres douces se nichent dans mes poches, les caresser me bouleverse et m'apaise. Le désert sied aux contemplatifs.

 

Mais le temps passe, cruel, intraitable. Déjà, il faut s'arracher à la fascination. Déjà il faut partir, aller plus loin. Et notre route se poursuit, silencieuse, hypnotique, la route du silence et du vide.

 

 L'après-midi touche à sa fin, quand d'autres phénomènes curieux attirent notre attention : des chapelets de délirantes bulles rose-pâle striées de violet flottent au-dessus de la ligne d'horizon, sur des kilomètres. Il s'agit du début du plateau de Djado dont nous nous approchons insensiblement et qui signe la fin du Ténéré de Tafassasset. Ce sont d'infinies falaises gréseuses qui de roses, deviennent jaunes d'or pâle quand nous les abordons. Il est l'heure de s'arrêter pour préparer le bivouac.

 

 

Djado

Bivouac. Ténéré de Tafassasset débouchant sur le plateau de Djado, février 2000


 

Pendant que l’intendance s’organise, je vais flâner avec Christiane dans des dédales rocheux ruiniformes grandioses. Nous sommes éblouies par la beauté et la pureté du paysage dans lequel nous évoluons, par la transparence de l'air et du silence. Emues, nous nous retournons pour observer nos traces de pas qui s'impriment dans le sable intact. Le vent purificateur du désert  se chargera bientôt de redonner au lieu sa virginité. Parvenues au sommet d'un chaos rocheux, nous hésitons à prendre un raccourci à la pente dangereuse pour rejoindre le bivouac. Qu'arriverait-il si l'une de nous se blessait gravement ? Pas de téléphone, pas de trousse de secours et rien à des centaines de kilomètres à la ronde. Il ne faut prendre aucun risque.

 

Mille détails captivent notre regard : d'étranges formations géologiques, la structure et la couleur des roches ; nous ramassons encore quelques petites choses surprenantes. Caroline se joint à nous et nous exhibe fièrement sa trouvaille : une pierre en forme de continent africain miniature ; on y voit même, en jaune, le Sahara, et des détails étonnants comme de petits points noirs qui pourraient  y  figurer les capitales ! Amoureuse de l'Afrique -elle est guide en Namibie-, Caroline (2) a l'intention de la faire monter en pendentif.

 

Maintenant, je recueille de vieilles écorces desséchées qui vont nous permettre de brûler nos déchets : papiers sales, calinettes (3) etc. Dans la mesure du possible, nous mettons un point d'honneur à effectuer cette tâche quotidiennement. Caroline, extrémiste de la propreté du désert (et de la protection de la nature en général) fait la police en permanence et n'hésite pas à rappeler à l'ordre un impudent qui oserait jeter le moindre déchet dans ce désert qu'elle aime et protège farouchement. Et elle a bien raison.

 

Comme chaque soir, nous choisissons notre « chambre ». C'est un moment fort. Chacun prend son sac et va  nicher son bivouac où bon lui semble, dans un endroit merveilleusement calme et d'une somptueuse beauté.   J'installe le mien aux pieds de deux sentinelles de pierre titanesques et, par plaisanterie, je demande au guide de m'assurer qu'elles ne vont pas me tomber sur la tête pendant que je dors. Il me répond : « Elles ne tomberont pas, inch'Allah, mais tu verras bien ! » et il pousse un hurlement de rire colossal.

 

Le rire invraisemblable de Mohamed explose régulièrement dans la nuit, sonore, contagieux ! On  dirait toujours qu'à l'issue de ses éclats de rire prodigieux « à se taper le cul par terre », il va finir par s'étouffer. Si son rire est inoubliable, nous aimons aussi beaucoup sa belle voix « fêlée » et sa démarche chaloupée et tranquille.

 

 

 

Couch de soleil caroline

  Caroline et le coucher de soleil, Ténéré de Tafassasset, février 2OOO  

 

 

Tournant le dos aux titans de Djado, nous contemplons le ciel rose orangé. Nos regards se perdent dans l’immense étendue du Ténéré, nos pensées vagabondent... C’est l’heure crépusculaire où le sable se pare de subtiles nuances  jaunes d’or et violettes. Caroline prend des postures de yoga dans ce décor inouï.

Le coucher de soleil, comme on aimerait qu'il dure plus longtemps ! Mais le sable doux ou les horizons hérissés de pics, ont tôt fait d'engloutir voracement le disque d'or, nous laissant tout dépités...  Ce moment est si émouvant, mais tellement bref, qu'en touristes consciencieux, nous nous hâtons de le photographier « pour en profiter plus tard à la maison ».

 

Quelle dérision ! Le temps assassin nous fend le cœur et les moments sublimes sont trop brefs. On voudrait s'y attarder un peu, mais, trop tard, c'est déjà fini, il faut aller dormir, il faut aller plus loin, il faut rentrer, il faut se séparer des compagnons de voyage. Il y a comme une distorsion douloureuse entre la calme immensité du désert et notre hâte de voyageurs. Et finalement, le « vide » et le « plein » ne sont peut-être pas là ou l’on pense ?

 

 

...................................................................................................................

 

 

" Je veux y aller aussi ! "

Rien de plus simple : contacter mon ami Bakri HABALLA, guide Saharien

 

Descriptif du circuit dans le site de Bakri :

Circuit n°3 : "Au coeur du Ténéré" -D'Agadez vers le massif de Djado en 14 jours (Raid en 4x4 dans le Sahara)

 

 Le Ténéré, « désert des déserts », est la partie centrale du Sahara qui s'étend au Niger. Le terme vient du tamasheq — la langue des Touaregs — et signifie simplement « désert ».

Le désert du Ténéré s'étend sur 1500 kilomètres du nord au sud et sur 1200 kilomètres d'est en ouest, du Tibesti (Tchad) au massif de l'Aïr (Niger).

Le Ténéré est caractérisé par ses ergs (dunes) qui peuvent atteindre près de 300 mètres de haut et qui s'étendent sur des milliers de kilomètres.

Il cache des oasis, comme Bilma, Chirfa, Djado, Fachi, Seguedine et Dirkou, principalement peuplées de Toubous et de Kanouris, ainsi que des villes abandonnées pour des raisons encore inconnues, comme celles de Djaba et de Debessa. Source

 

(1) Guide du Sahara, Hachette , 1995, page 556

 

(2) Caroline Oriol est guide de safari en Namibie depuis 1998. Passionnée par son métier, elle a publié en Juillet 2003 un livre Compagnon de Safari, guide pratique de la faune namibienne.

le site de voyage de Caroline http://www.madiza.com/

 

(3) Calinette : lingette humidifiée (parfumée ou non) que l'on utilise pour la toilette, à défaut d'eau. Il convient de faire sécher les calinettes sales durant la nuit, et de les incinérer à l'occasion.

 

 

Suite :  Sahara du Niger, Ténéré de Tafassasset, suite en images

 

 


 

  

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