Commentaire,par Patrick Willinger, de l'article :
HOME, un film de Yann Arthus Bertrand, sortie le 5 juin 2009
Yourte a Gerstheim
«Home», le titre du reportage est expressif, évocateur, riche de sens, tant il est vrai que l'existence de ce monde et de ses êtres vivants, est liée à des conditions strictes et nécessaires.
Vue d'une certaine hauteur, la terre nous apparaît comme un univers fini, un territoire circonscrit, un lieu confiné, fragile et périssable. «Home», «maison», «demeure», les mots sont synonymes et traduisent une même réalité. Ils nous rappellent que la vie est «inféodée» , ici, maintenant. Mais en même temps, ils nous suggèrent qu'elle est inséparable des conditions qui la déterminent et l'amplifient.
C'est le sens intuitif que Ernst Haeckel donnait à ce mot qu'il a crée : Ecologie.
L'écologie, c'est la connaissance de la maison, et extensivement de ces « mille maisons » que nous offre la terre
A n'en pas douter, le reportage que signe Yann Arthus-Bertrand s'insère dans le sillage d'une longue tradition de pensée qui veut que la terre, au sens de «maison», «oïkos», nous convie avec grâce, à ses lumineuses demeures.
La Nature dit Albert Camus, est une «Maison devant le monde... la vie est un sourire errant».
Nous pourrions dire aussi que ce monde est un émerveillement qui naît à l'aurore et se poursuit dans l'immensité du soir ; qu'il est un spectacle qui enveloppe notre silence. Dans l'indifférence des jours, la vie nous apparaît comme un perpétuel mouvement, un recommencement sans fin, une beauté surprenante au cœur du mystère.
Sans fin ?
La Nature libre trouve sans l'homme, les voies de son organisation, les chemins de son harmonie, les forces de son devenir. Elle se déploie dans une diversité éclatante de formes, de couleurs, de mouvements.
Mais ce monde lumineux et pur, tel qu'il était au commencement, ne serait-il plus qu'une ombre portée ? En quelques décennies, presque partout, tout a basculé. Une réalité spectrale, s'est brutalement imposée à nos regards impuissants.
Le reportage de Yann Arthus-Bertrand s'appuie sur d'innombrables témoignages d'auteurs qui nous rappellent que nos civilisations sont mortelles et que la Nature qui soutien et entoure nos vies, peut, elle aussi, mourir et disparaître demain.
Il faut un instant se souvenir de ceux qui nous ont ouvert les yeux, qui ont parlé à notre sensibilité, qui ont marqué ces années d'obscurité par la profondeur et la lucidité de leur pensée :
Le «Silent Spring» - Printemps silencieux - de Rachel Carson sonne le glas d'une quiétude de vie que l'on croyait acquise grâce au progrès.
Avec beaucoup de poésie et d'émotion, le suisse Robert Hainard, peintre, naturaliste, écrivain, philosophe, signe des textes qui interrogent et dérangent. L'oeuvre est ample et riche. C'est une succession de révélations naturalistes qui au gré des vents, des forêts et des prairies, - «Et la Nature», «Le monde sauvage», «Le miracle d'Etre»,...- ne cessent de se poser les questions essentielles : qui sommes nous ? que voulons nous ? où allons nous ?
Pour Yvan Illich, la vraie «Convivialité» parle d'abord des servitudes que la société industrielle inflige à l'homme. Les conditions d'une « inversion des institutions » se posent ensuite. L'homme peut-il retrouver les mouvements essentiels de la vie, de l'Etre, de la liberté ? de la spontanéité ?...A quel prix ? .
Jean Dorst, avec la maîtrise de l'homme de science devenu philosophe, suggère avec «Avant que nature meure» et «La force du vivant », de brillantes synthèses.
François Terrasson, dans les méandres de ses essais finement composés - «La peur de la nature» , «En finir avec la nature» -, s'intéresse aux rapports que l'homme d'aujourd'hui entretien avec la nature et tente de comprendre pourquoi il est le seul animal terrestre à détruire son milieu de vie.
Je retiendrais en dernière analyse le livre magnifique de Michel Tarrier, «Sauve qui peut la Terre». «En 2050, nous aurons réussi à désertifier la Terre entière». Scientifique, écologue, lépidoptériste, spécialiste du bassin méditerranéen et plus particulièrement de l'Espagne et du Maroc. Pour cet auteur, «en 2050, nous aurons réussi à désertifier la Terre entière». Face au néant - Essais 1968-1973 )
Nous n'oublions pas les sensibilités plus littéraires, avec des auteurs comme Jean Giono, André Gide, Maurice Genevoix,...
Mais une question ne peut manquer de se poser ici. Avons-nous encore le temps aujourd'hui de considérer la nature dans un mouvement purement contemplatif ?
Je crois avec beaucoup d'auteurs que nous sommes embarqués dans ce siècle. Nous y sommes englués et engagés. Point d'échappatoire possible. Nous sommes dans ce monde et pleinement responsables de tout ce qui s'y fait. Nos silences, nos effacements, nos neutralités, nos adhésions,...sont lourdes de sens et de conséquences.
Poubelles au lac de Pierre Percée - Badonvillers
Pour Jean-Paul Sartre, l'homme est ce qu'il fait. Il se définit par ses actes. Le non-agir est encore une manière d'agir. La contemplation, la poésie, ne sauraient être des retranchements. Ils postulent l'action par toute leur chair et leur sève.
Arthur Koestler nous propose la réflexion suivante "Depuis l'aube de la conscience jusqu'au milieu du siècle dernier, l'homme a dû vivre avec la perspective de sa mort en tant qu'individu ; depuis Hiroshima, l'humanité doit vivre avec la perspective de son extinction en tant qu'espèce biologiqu". ( Face au néant - Essais 1968-1973 )
Nous dirions aujourd'hui que c'est la vie terrestre dans sa totalité qui est menacée de disparition.
D'où l'importance du regard et du témoignage que Yann Arthus-Bertrand nous propose aujourd'hui.
Il nous permettra peut être d'articuler la suite....
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