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Lundi 1 juin 2009

Par Mart - Recommander

Suite de :  Comment le Bastberg est-il devenu la montagne des sorcières ? 1/2

 

Par Patrick Willinger


Qu'est-ce qu'une «  Sorcière  » ? :


Le Bastberg et sa région offrent un éventail large d'actes de sorcellerie, d'apparitions, de manifestations fantomatiques. Au centre de ces désordres, la «  sorcière  ».


Oublions un instant cette dénomination pétrie de ressentiments, de déformations, de déviations et de perte de sens.


A l'origine la sorcière n'est rien d'autre qu'une femme initiée aux secrets de la Nature. C'est une femme médecine ou chaman, investie de savoirs et de pouvoirs traditionnels. La sorcière, sage et pragmatique, savait choisir les plantes et les simples qui pouvaient être bénéfiques pour soulager la maladie et retarder la mort. Ces herbes étaient soigneusement cueillies, à certains moments du jour ou de la nuit, à certaines périodes de l'année, en des lieux gardés secrets. La médication s'entourait souvent d'incantations magiques, de rituels mystérieux, scrupuleusement observés.


 La colline du Bastberg est particulièrement riche en plantes médicinales. Rien d'étonnant à ce que, ici comme ailleurs, des femmes aient recherché des plantes dans le but d'en tirer une médication utile et efficace. 


La femme sorcière a toujours été respectée pour ses connaissances, ses pouvoirs guérisseurs.   Elle maîtrisait l'usage des plantes les plus toxiques qui pouvaient, à très faible dose ou avec certains additifs, présenter d'authentiques vertus. Par ses savoirs naturalistes et sa prescience, elle est intermédiaire entre les vivants et les forces supra- terrestres, entre les temps et les niveaux de conscience. Le visible et l'invisible, font partie de ses compétences.

 


 



Il faut dès lors renverser l'ordre apparent des choses. La sorcière n'est ni méchante, ni malveillante, ni dangereuse. Elle est par contre douée de véritables pouvoirs de guérison ;  elle maîtrise l'art  d'influencer le sort.


Dès le haut Moyen Age,  les prêtres chrétiens s'adonnèrent à une propagande meurtrière pour dénaturer le sens du mot sorcière et l'associer au mal, en développant une rhétorique de circonstance.  Les tenants du nouvel ordre religieux éprouvaient une réelle crainte face à cette femme-sorcière-chaman,  investie d'une puissance qu'ils ne comprenaient pas et qu'ils avaient tôt fait de qualifier de maléfique ou de satanique. Dans l'imagerie populaire élaborée au cours de ces siècles d'obscurantisme, la sorcière est devenue une femme vieille, horrible, effrayante, sournoise et perverse, méchante, traînant dans son sillage, malédictions, calamités et désolation. 


La Sorcière est en réalité belle, attirante, captivante, certainement par ses traits physique , mais aussi et surtout par ce qui émane d'elle : savoir, harmonie, maîtrise des choses, médecine, magnétisme,...


 


 



La sorcière est un être intense qui fascine et captive. Elle reproduit en elle l'envoûtante altérité qu'elle puise des forêts et des montagnes. Avec la Nature, elle vibre à l'unisson, observant, expérimentant, percevant les  phénomènes au rythme des jours et des saisons.  Ce qui caractérise la sorcière, c'est sa fidélité à la terre, à ses richesses, à ses traditions, aux sensations et aux expériences vraies qui en émanent. Comme les fées, les sorcières sont une expression vibrante de la Nature authentique, éternelle et vivante, où tout est lien, échange, succession, répétition  : terre- ciel, soleil-lune, nuit-jour,....


 

 



La montagne des apparitions, des fantômes et des sorcières :


Voici ce que rapporte la tradition orale recueillie par le folkloriste alsacien Auguste Stoeber  :


«  Toute la montagne est connue pour ses apparitions multiples de fantômes. Sur la pente moyenne, là où le chemin descend à droite vers Griesbach, se trouve un endroit que les moutons évitent. Lorsque le berger veut les y mener, ils s'agitent et s'arrêtent de brouter. Les chiens aussi manifestent leur malaise en aboyant et en courant de tous les côtés. Les habitants des villages voisins affirment avoir vu à certains moments se déplacer des feux d'où s'élevaient des boules de flammes. »


Les Légendes sont nombreuses. Sans entrer dans les détails, voici celles que l'on peut relever sans être tout à fait exhaustif  :


A Bouxwiller : Le Letzlel, elfe ou fantôme nocturne, Les animaux fantômes de la maison Freihof, Le mitron de minuit, Le fantôme de la cave,  La sorcière-cheval,  La sorcière-canard,  Les sorcières-fileuses,  Le bétail ensorcelé, Le fantôme du Kissel.


A Griesbach : L'instituteur-musicien au bal des sorcières.


A Riedheim : Chasse sauvage, Le dragon de feu

 

Texte : Patrick Willinger


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Photographies, de haut en bas  :


- Autoportait "les Molières" St Dié, 2003

- Autoportrait Druidenstein, 2004

- Cheyenne contemple le feu, 2003

- Cheyenne s'envole sur son balai, 2003



 



 

 

 

 

 

 

Les autres articles sur le Bastberg :

 


 



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Lundi 1 juin 2009

Par Mart - Recommander


Par Patrick Willinger

 

 

 



Les enseignements de la toponymie :


Il faut s'interroger d'abord sur l'étymologie ancienne du nom «  Bastberg  ».  Le toponyme    se compose du suffixe germanique   «  Berg  »   signifiant montagne ou sommet et du radical  « Bast  »,   corruption de «  Sebastian » dans l'expression de « Sankt-Sebastian-Berg  ».


Une question ne peut manquer de se poser. Pour quelle raison cette colline qui s'élève entre Griesbach, Imbsheim, Riedheim et Bouxwiller est-elle placée sous la tutelle ou la protection d'un saint ?  


Saint Sébastien n'est pas une figure qui s'impose naturellement. Il est étranger à l'histoire locale puisqu'il s'agit d'un saint martyr romain du IIIe siècle, tué lors des persécutions ordonnées par l'empereur Dioclétien.


Mais en même temps, la présence de ce saint romain, dans un lieu aussi retiré, n'est pas tout à fait l'effet du hasard.



La signification primitive de la montagne :


A notre époque de « désenchantement du monde  »,  la colline du Bastberg semble réduite à sa stricte dimension « naturelle  », simple élément parmi d'autres du paysage géographique. Sa dimension spirituelle n'intéresse plus guère que les enfants à travers un ensemble de légendes dévoyées et sécularisées.

Mais elle n'en reste pas moins riche d'un symbolisme ancien. Là haut, au-dessus de tout, le regard porte au loin, il embrasse le vaste horizon où ciel et terre se confondent. De par sa hauteur et sa proximité relative avec les nuages, le Bastberg était comme d'autres sommets, un lieu d'élévation spirituelle, le lieu par excellence où l'homme pouvait rencontrer le divin, l'esprit.

Plusieurs auteurs ont ainsi noté que le Bastberg était anciennement un lieu de révélation où l'on célébrait des cultes druidiques.

 

 



L'époque romaine :


 Les romains se seraient approprié les lieux superposant leurs propres dieux à ceux aujourd'hui oubliés, de l'époque gauloise.


D'après G. Thirling, une voie romaine passait par le Bastberg et le Kaesberg. A Bouxwiller même,  Schoepflin a découvert les restes d'un édifice romain muni d'un chauffage par hypocauste. Au nord du Bastberg, J. Baldinger a identifié un site romain qui a livré de nombreuses  céramiques ordinaires et sigillées ainsi que des fragments de tegulae et de  verre.


On sait également que la vigne cultivée s'est répandue en Alsace, à l'époque romaine.

Pline l'Ancien mort en 79 ap. JC affirme que la viticulture existait à son époque chez les Séquanes qui habitaient en Franche Comté et en Haute-Alsace.


Une étymologie plus ancienne semble ainsi se profiler à l'ombre du Bastberg, la colline consacrée au vignoble depuis un temps immémorial. Certains parlent d'un «  Bacchusberg », d'une montagne vouée au culte de Bacchus, le dieu romain du vin, de l'ivresse sensuelle, de la Nature féconde. Plus tard seulement, dans l'obscurité de Moyen-Age, le sens primitif s'estompe et disparaît. On parle désormais du «  Bachsberg  » puis enfin du « Bastberg  ».

 


 

Vers l'occultation du sens :


Tout porte à croire que dès le haut Moyen-Age, l'église ait cherché à faire oublier les pratiques païennes attachées aux lieux. On imposa alors la figure populaire de Saint Sébastien. 


Il y a des similitudes certaines entre le dieu gréco-romain Apollon et Saint Sébastien. La concordance thématique entre les flèches que tire Apollon et celles que reçoit Sébastien, a autorisé la superposition des deux figures. En effet, dans le monde antique, Apollon l'archer était craint car il décochait les flèches porteuses de la peste. Sébastien, lui, ne meurt pas alors que son corps est transpercé de toutes parts. Si les flèches qu'il reçoit sont allégoriquement les attaques de la maladie, Sébastien est alors en possession d'un corps charnel supérieurement immunisé.


Dès les premiers temps du christianisme, la stature militaire de Sébastien aurait été particulièrement apte à occuper la place laissée vacante, dans l'inconscient populaire, par l'abandon du culte de cet autre guerrier qu'était Apollon. On priait encore ce dernier, en tant que Dieu médecin, au début du VIème siècle.


Mais en même temps, dans les siècles obscurs du Moyen-Age, l'église devait se méfier d'un grand nombre de pratiques païennes héritées d'un lointain passé et qui continuaient à sévir dans nos campagnes : cultes des pierres, culte des fontaines, pratiques magiques en relation avec les plantes, les astres, les saisons, ...Les femmes étaient particulièrement prises pour cibles.  

 

 



Le statut des femmes dans l'église médiévale :


Dès les 1er siècles, sous la plume des Pères de l'Eglise, la femme est considérée avec méfiance et dédain. Saint Jérôme (347 - 419) impute aux femmes la responsabilité de la chute originelle. D'autres auteurs s'expriment en des termes similaires : «  Vous êtes la porte du diable  » ou encore,  «  C'est par vous que le péché est entré dans le monde  »

Ainsi, «    En raison du péché originel, elles doivent se montrer soumises. » Pie XI, en 1930 demandera encore la  « Soumission empressée de la femme et son obéissance spontanée   »


«  Cette haine à l'encontre des femmes n'en est pas restée au niveau des paroles. Les véritables persécutions qui ont suivi dépassent l'entendement. Pour le démonter, analysons un livre "catholique", The Hammer of Witches ("Le marteau des sorcières"), écrit par deux Franciscains, Jakob Sprenger et Heinrich Kramer. Le livre fut approuvé et recommandé par le Pape Innocent VIII en 1484, et servit de référence durant plusieurs siècles. Il a été la cause de ce que des milliers de femmes innocentes ont été envoyées au bûcher. Jamais contredits mais au contraire largement cités, ce sont ces "théologiens" honorés publiquement qui écrivent :


" Quoi d'autre est la femme que l'ennemi de l'amitié, une punition inévitable, un mal nécessaire, une tentation naturelle, une calamité désirable, un danger domestique, un préjudice délectable, un mal de la nature, peinte de belles couleurs."
"Il faut relever qu'il y a eu un défaut de formation (du corps) de la première femme puisqu'elle a été formée à partir d'une côte cambrée, c'est-à-dire une côte extraite de la poitrine, qui est pliée comme si elle était dans le sens inverse de l'homme. Et puisque, par cette imperfection, elle est un animal imparfait, elle trompera toujours."
"(Quand Ève répondit au serpent) elle montra qu'elle doutait et qu'elle avait peu de foi dans la Parole de Dieu. Ceci est indiqué par l'étymologie de son nom : car Femina (mot latin pour "femme") vient de Fe (= foi) et Minus (= moins) puisqu'elle est toujours plus faiblesse lorsqu'il s'agit d'affirmer et de préserver la foi."   »


L'église redoutait particulièrement les femmes libres, celles qui possédaient des connaissances et par conséquent des pouvoirs supérieurs à la moyenne. Par ces seules qualités elles devenaient incontrôlables, sataniques et représentaient alors un danger pour l'ordre moral.

 

Texte: Patrick Willinger.

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Photographies, de haut en bas :

- autoportrait sorcière Druidenstein, 2004

- Bastberg sommet,coucher de soleil, 2005

- Bastberg sommet, herbes et panicaut champêtre,2005

- Cheyenne etle feu (montage) 2003

 


 


 

 

 

Suite : Comment le Bastberg est-il devenu la montagne des sorcières ? 2/2

 

 


Les autres articles sur le Bastberg :



Le Bastberg1, montagne des sorcières ou lac fantôme ?


Le Bastberg2, montagne des sorcières ou lac fantôme


Bastberg, la nuit des étoiles


Le souffle du printemps sur le Bastberg 1/2


Le souffle du printemps sur le Bastberg 2/2 le tilleul de Goethe

 

 


 


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Mercredi 25 mars 2009

Par Mart - Recommander

Quels dieux topiques ont accompagné votre marche

Aux confins d'une contrée riche de mémoire, de solitude

Où sommets et rivières mêlent leurs noms, Bel, Mercure, Diane

Esprits du passage, à l'orée d'un bois ou d'une source de lumière

Ou près d'un rocher solitaire d'où la pensée peut s'envoler, légère  



Dans cette forêt résonnent d'étranges psalmodies

Nées d'un vent lointain, d'une frondaison ancienne

Plongée dans la terre avec l'incessant souvenir du ciel



Il y a peut être un plaisir à ne pas se réveiller

A rester là, dans l'instant magique qui transmue les choses

Dans le rêve qui se prolonge, qui change la voix, les accents

Qui porte jusque vers les étoiles un parfum de vif argent inaccessible...



Patrick Willinger 23-3-2009

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Taennchel



Steinberg (Petit Ballon)



Steinberg (Petit Ballon)






Steinberg (Petit Ballon)




Forêt à Vagney


 



Haut du Bon Dieu, Près des pierres à bassins (La Maix)





Voie romaine, Donon




Sentier des Demoiselles de Pierre, Mollkirch





Sentier des Demoiselles de Pierres, Mollkirch, Illustration F. Keller


Téléchargez le pdf ICI





Jardin des Fées, Lutzelhouse, Donon




Jardin des Fées, Lutzelhouse, Donon




Dolmen des Hautes Chaumes, Donon



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Bienvenue dans Vosges-Passion

(photo : Jean-Claude KANNY)


www.martineschnoering.com

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