Suite de : Comment le Bastberg est-il devenu la montagne des sorcières ? 1/2
Par Patrick Willinger
Qu'est-ce qu'une « Sorcière » ? :
Le Bastberg et sa région offrent un éventail large d'actes de sorcellerie, d'apparitions, de manifestations fantomatiques. Au centre de ces désordres, la « sorcière ».
Oublions un instant cette dénomination pétrie de ressentiments, de déformations, de déviations et de perte de sens.
A l'origine la sorcière n'est rien d'autre qu'une femme initiée aux secrets de la Nature. C'est une femme médecine ou chaman, investie de savoirs et de pouvoirs traditionnels. La sorcière, sage et pragmatique, savait choisir les plantes et les simples qui pouvaient être bénéfiques pour soulager la maladie et retarder la mort. Ces herbes étaient soigneusement cueillies, à certains moments du jour ou de la nuit, à certaines périodes de l'année, en des lieux gardés secrets. La médication s'entourait souvent d'incantations magiques, de rituels mystérieux, scrupuleusement observés.
La colline du Bastberg est particulièrement riche en plantes médicinales. Rien d'étonnant à ce que, ici comme ailleurs, des femmes aient recherché des plantes dans le but d'en tirer une médication utile et efficace.
La femme sorcière a toujours été respectée pour ses connaissances, ses pouvoirs guérisseurs. Elle maîtrisait l'usage des plantes les plus toxiques qui pouvaient, à très faible dose ou avec certains additifs, présenter d'authentiques vertus. Par ses savoirs naturalistes et sa prescience, elle est intermédiaire entre les vivants et les forces supra- terrestres, entre les temps et les niveaux de conscience. Le visible et l'invisible, font partie de ses compétences.
Il faut dès lors renverser l'ordre apparent des choses. La sorcière n'est ni méchante, ni malveillante, ni dangereuse. Elle est par contre douée de véritables pouvoirs de guérison ; elle maîtrise l'art d'influencer le sort.
Dès le haut Moyen Age, les prêtres chrétiens s'adonnèrent à une propagande meurtrière pour dénaturer le sens du mot sorcière et l'associer au mal, en développant une rhétorique de circonstance. Les tenants du nouvel ordre religieux éprouvaient une réelle crainte face à cette femme-sorcière-chaman, investie d'une puissance qu'ils ne comprenaient pas et qu'ils avaient tôt fait de qualifier de maléfique ou de satanique. Dans l'imagerie populaire élaborée au cours de ces siècles d'obscurantisme, la sorcière est devenue une femme vieille, horrible, effrayante, sournoise et perverse, méchante, traînant dans son sillage, malédictions, calamités et désolation.
La Sorcière est en réalité belle, attirante, captivante, certainement par ses traits physique , mais aussi et surtout par ce qui émane d'elle : savoir, harmonie, maîtrise des choses, médecine, magnétisme,...
La sorcière est un être intense qui fascine et captive. Elle reproduit en elle l'envoûtante altérité qu'elle puise des forêts et des montagnes. Avec la Nature, elle vibre à l'unisson, observant, expérimentant, percevant les phénomènes au rythme des jours et des saisons. Ce qui caractérise la sorcière, c'est sa fidélité à la terre, à ses richesses, à ses traditions, aux sensations et aux expériences vraies qui en émanent. Comme les fées, les sorcières sont une expression vibrante de la Nature authentique, éternelle et vivante, où tout est lien, échange, succession, répétition : terre- ciel, soleil-lune, nuit-jour,....
La montagne des apparitions, des fantômes et des sorcières :
Voici ce que rapporte la tradition orale recueillie par le folkloriste alsacien Auguste Stoeber :
« Toute la montagne est connue pour ses apparitions multiples de fantômes. Sur la
pente moyenne, là où le chemin descend à droite vers Griesbach, se trouve un endroit que les moutons évitent. Lorsque le berger veut les y mener, ils s'agitent et s'arrêtent de brouter. Les
chiens aussi manifestent leur malaise en aboyant et en courant de tous les côtés. Les habitants des villages voisins affirment avoir vu à certains moments se déplacer des feux d'où s'élevaient
des boules de flammes. »
Les Légendes sont nombreuses. Sans entrer dans les détails, voici celles que l'on peut relever sans être tout à fait exhaustif :
A Bouxwiller : Le Letzlel, elfe ou fantôme nocturne, Les animaux fantômes de la maison Freihof, Le mitron de minuit, Le fantôme de la cave, La sorcière-cheval, La sorcière-canard, Les sorcières-fileuses, Le bétail ensorcelé, Le fantôme du Kissel.
A Griesbach : L'instituteur-musicien
au bal des sorcières.
A Riedheim : Chasse sauvage, Le dragon de feu
Texte : Patrick Willinger
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Photographies, de haut en bas :
- Autoportait "les Molières" St Dié, 2003
- Autoportrait Druidenstein, 2004
- Cheyenne contemple le feu, 2003
- Cheyenne s'envole sur son balai, 2003
Les autres articles sur le Bastberg :
Le Bastberg1, montagne des sorcières ou lac fantôme ?
Le Bastberg2, montagne des sorcières ou lac fantôme
Le souffle du printemps sur le Bastberg 1/2
Le souffle du printemps sur le Bastberg 2/2 le tilleul de Goethe
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