Ce texte-là , je le garde "au chaud" depuis plusieurs mois.
Patrick, dont l'épouse est marocaine, se rend régulièrement au Maroc.
Voici ses impressions, racontées dans ce style si particulier, si poétique, qui
est le sien.
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Un Voyage au Maroc
lun. 21/04/2008 23:02
Un Voyage au Maroc ne laisse jamais indifférent.
L’écriture y grandit comme les herbes sauvages ici et là .
Avec le dépouillement de l’esprit, la pensée tend vers l’unité
Elle rejoint les vastes espaces, âpres, lumineux, dénués.
Je n’écris pas, c’est le paysage qui me révèle.
C’est lui qui écrit en moi
Restituant aux mots leur sens premier
Me réduisant à naître de ses détours
De ses lignes de fuites.
Mettre un peu d’ordre en soi même,
S’entendre respirer dans le silence,
Au seul rythme du vent.
Dans nos villes anonymes peuplées d’âmes fantômes
Il n’y a plus le moindre espace pour rêver
Certains se délivrent avec si peu de plaisir
En cédant aux paradis artificiels
Succombant aux sommeils lourds et touffus
Quelle maigre consolation !
Rêver de soi même devenu forêt sauvage, arbre et oiseau
Commencer à aimer le lointain, le plus lointain possible.
A aimer les grands espaces déserts.
Dans la jouissance de la solitude, l’odeur de la terre.
La terre rouge, ocre
La terre, au seuil de l’imaginaire
De l’alchimie parfaite qu’elle compose
Avec le vert émeraude des champs, des arbres,
Le bleu écru du ciel, le parfum des armoises
Il faudrait alors apprendre à se déprendre de soi même,
A accorder ses pas sur ceux du hasard,
Car ici le hasard s’écrit à coups de tracés symboliques
Il se nourrit de l’instinct de vie,
Des instantanés de l’aventure orientale,
Voilà l’étrangeté essentielle
Elle ne se dit pas, elle s’invente et se nourrit de l’instant
Des images premières
Des errances, des vertiges de l’altitude, du vent
Vivre de mots et s’habiller de paroles
Inutiles apparats !
Les mots ici puisent dans la légende et les couleurs.
Des mots que l’on peut alors éprouver, cultiver
Cueillir comme des bouquets de thym
En ces lieux solitaires, lieux de nulle part
Où le soleil couchant transfigure le paysage
Déployant champs et forêts,
Révélant des hameaux oubliés
Rivés à leur univers minéral
Le silence est une parole aussi
Traversée par les lieux irréels
Rien d’étonnant si les peuples d’ici
Ont le sens de la réserve
Aiment les métaphores,
Les phrases fleuries, voilées,
Parfois saillantes comme la pierre
Jarres ébréchées ouvertes sur le mystère
Recueillement devant la nourriture, chez l'oncle Daoud,
Nomades du Maroc, Hamada du Draa
Ils ressemblent aux lieux qu’ils ont choisis
Espaces de l’écart et de l’altérité, infinis et indéfinis
Immensités au seuil de la perception
Vastes étendues étincelantes
Qui ressemblent à celle des origines
Lieux des sources rares
Terre de ressources et d’inexprimables bonheurs
Couverte de dunes, de montagnes, de parfums puissants
Qui s’évanouissent pour se reconstituer sans cesse
Ici le vent libre, insaisissable
Raconte des histoires au soleil
Lui dit ses derniers voyages
Sculpte les collines en les caressant
Ici, le maquis des mots inutiles
Enfante des constellations de pierres
Le dernier chemin a disparu
La route n’existe plus que dans le souvenir
Ni barrière ni clôture
Seul reste le désert intérieur, nu et silencieux
Un rapport mystérieux s’établit alors
Entre l’acte d’écrire et celui d’être au monde,
Entre l’écriture et l’enracinement parmi les pierres
Au moment où la lumière se fait douce, ambiguë,
Au moment où elle éloigne le soleil et rejoint le ciel
L’étendue silencieuse est un territoire nu,
Invisible, immatériel, absolu
Pour tout cela je reviendrai au Maroc…
Tous les articles auxquels Patrick Willinger a participé
Canneberge
www.martineschnoering.com
Pour une promenade dans le massif des
Vosges,
(Alsace, Lorraine, Palatinat...) et quelques incursions
dans des contrées plus lointaines.
Photos, récits de voyage, musiques, vidéos
pour apprécier, partager,
d'émerveillement en "coups de gueule",
les joies de la randonnée
les beautés de la nature féerique,
une passion grandissante pour les animaux
(et parfois, un soupçon d'informatique...)
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j'aime cette réflexion sur l'émotion que procure la vue d'un paysage, car elle rejoint quelque chose qui me préoccupe beaucoup, à savoir les raisons pour lesquelles une "vue" peut se transformer en véritable présence...et aussi comment un paysage, ouverture sur l'extérieur parvient à ouvrir quelque chose en nous.
C'est comme si l'espace extérieur avait le pouvoir de révéler l'intérieur de soi...