Suite de "Cette délicate question de la limite", par Patrick Willinger
Je dirai que mon texte est plutôt dans la réflexion sur les conséquences d'une information qui aurait oublié d'intégrer l'idée de « limite » dans sa démarche.
En résumé donc :
Contradiction ? : Non.
Réflexion sur la question " Jusqu'où le blog peut-il aller sans risques ? " : Oui.
Tout artiste - écrivain, poète, photographe,....-, est nécessairement engagé, embarqué dans la galère de son temps, qu'il le veuille ou non. Il y a déjà une forme d'engagement dans l'abstention ou le silence, dans le fait de dire ou de ne pas dire. Il est vrai aussi que l'extrême prodigalité du témoignage est une forme dangereuse de l'engagement. C'est potentiellement une information déprédation.
L'artiste photographe confronté à son public peut avoir deux attitudes :
Tout montrer, tout dire, et supprimer par là même toute idée de frein, de limite et disons le clairement, de morale.
Ne pas tout dire et garder certaines informations secrètes ?
La réalité est probablement dans cette position intermédiaire, cette voie du milieu qui permettra au photographe devenu aussi rédacteur, de dire : « Jusque là je consens, au-delà je refuse ».
Dans son attitude réfléchie et choisie se conjuguent, en même temps, refus et consentement. Ainsi, le photographe lucide et responsable apparaît-il dans son être, comme un déchirement perpétuellement renouvelé.
Le photographe se trouve toujours dans cette ambiguïté fondamentale :
Il est incapable d'ignorer les beautés sensibles du monde.
Il est cependant éternellement insatisfait en prenant conscience de ce que son labeur a d'éternellement inachevé.
Mais aucune oeuvre de génie n'a jamais été fondée sur la mise en pâture du réel qui doit
demeurer essentiellement mystérieux, matière à contemplation, dimension à élucider.
La découverte de la nature doit s'accompagner d'une recherche, d'une quête personnelle. Elle n'est pas une donnée immédiate, accessible sans effort.
Elle ne sera jamais fournie ou donnée une fois pour toute, même dans la puissance très démonstrative d'une collection d'images.
La photographie doit donc rester à mon sens un « média peu défini » qui concède une large place au mystère, au symbole, à la création, aux perceptions, aux perspectives, aux émotions.
L'art du photographe est par là même en contradiction avec le « blog » qui est un support d'information, un « média hautement défini », rationnel, séquentiel, quantitatif, contrôlé,..., mais souvent sans limite raisonnable, sans morale dans l'action.
Petite observation au sujet des Pierres Sacrées des Vosges :
Les noms de lieux, les rochers étudiés ont toujours été donnés avec une idée sous-jacente : l'imprécision du témoignage. Celui qui veut voir doit vraiment se mettre en route, rechercher, accepter d'avoir fait fausse route et éventuellement rester sur sa faim.
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Source et pleine lune
www.martineschnoering.com
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