Partager l'article ! Méditation dans la cabane: ...
Autoportrait aux pensées
Vidéo choisie avec une intention pour Hellohlala
Non, cher correspondant, la cabane ne ressemblera jamais au palais du Facteur Cheval. Tant mieux. En une dizaine d’années de fréquentation, j’ai pu constater que certains occupants y laissaient parfois une petite note personnelle de décoration. Mais les fleurs fanent, les dessins se recroquevillent, jaunissent et se flétrissent plus vite qu’ailleurs. L’humidité, la fumée y contribuent. Et puis, dans les visiteurs, il se trouve toujours, parmi 100 âmes bienveillantes, une âme malveillante ou malheureuse, qui un beau jour, utilise les dessins, cahiers de bord et autres pommes de pin, colorées ou non, pour tout bonnement allumer le feu. Ainsi périssent, dans la cabane, les éphémères œuvres d’art, naturelles ou humaines.
Sur le long terme, la cabane ne supportera jamais que six choses : la cheminée, la table, quatre bancs. Et même, l'un d'eux fait régulièrement l'objet d'un grignotage sournois : entailles au couteau, arrachage d'une planche... Mais laissons cela. Ici c'est le bonheur, la paix. Un long moment de solitude bienheureuse et consentie.
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Dehors, il pleut à torrents, le vent souffle, le brouillard est épais. Je n’avais pas envisagé d'aller à la cabane aujourd’hui. Ce matin, je me suis éveillée très tardivement, selon le principe "d'hibernation" que j'explique un peu plus loin. Je rentre des courses, il est 11 heures. Mon pc m’attend. Mon pc « bien aimé ». Certaines personnes ont un chien ou un chat qui les attend à la maison, moi j’ai un pc. Le blog à faire vivre, la messagerie, les photos à traiter, l’abyssal gouffre culturel et ludique d’internet, les vidéos de Daylimotion ou Youtube, qui réservent toujours de craquantes surprises. Le pc qui m’absorbe, me pose des colles, me lâche subitement, redémarre, m’apprend des choses, fait travailler mon "ciboulot", tenant en respect Alzheimer.
La messagerie. Le monde entier chez soi, sans que l’on ait besoin de s’habiller, de ranger la maison, de parler. Les spams, les amis trop ou trop peu bavards, ceux dont on attend un message qui ne vient pas, ou l’inverse. Vous avez 10 messages. Zut ! 5 spams, 2 pubs, 2 news-letters et (seulement) un ami ! Allons voir Overblog. J’ai un petit souci technique, je ne sais même pas comment formuler la question. Si je vais dans la FAQ (foire aux questions), je ne vais rien capter. A force de lancer des balises de SOS à gauche et à droite, voici la solution, la « soluce » comme disent les jeunes. Bidouillée, mais elle marche. Dans moins d’un mois, je trouverai cette ignorance (la mienne) totalement ridicule, et je m’escrimerai sans doute à résoudre un nouveau problème. En informatique, c’est comme ça qu’on progresse, de grotesque en ridicule et puis arrive le jour ou quelqu’un vient vous demander des conseils, de l’aide. Alors là, on se sent fort. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’on est toujours le « crétin.fr » de quelqu’un.
Il est 11 heures. Désolée mon pc, mais je rentre juste me changer et je file dans ma cabane.
Le chemin pour y aller, c’est déjà un régal. Un changement d'univers. Quarante cinq minutes de route qui monte en lacets, de forêt, de nature sauvage. Presque plus d’habitations, à part quelques vieilles fermes. Souvent, un chevreuil, des sangliers, un cerf, un renard, un chat sauvage, traversent la route. La route suit la vallée de la la Sarre blanche, qui serpente dans des paysages terraqués.
Vaches au Blancrupt - photo prise en juin 2006
C'est toujours un bonheur de revoir, jalonnant la route, les vaches Highland Cattle, les vaches "déprave" comme les avait nommées une jeune fille un peu "zonarde" que j’avais emmenée dans la cabane. Ces belles ruminantes dont j’admire la toison fauve à contre-jour, l’air placide, la mèche sur l’œil.
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J'aime retrouver, comme des repères rassurants, au fil des virages, les sommets aimés tant de fois parcourus : Le Bourguignon sur lequel j’ai passé des heures si paisibles, écoutant le brame du cerf, dormant à la belle étoile seule sur le rocher, ou avec quelque ami courageux ; l’âpre Frézillon qui révèle sa falaise rocailleuse et sauvage, hérissée d’arbres dépenaillés juste après ce virage.
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Sommet du Frezillon, vu du Lamperstein
Sommet du Grand Nid d'Oiseau
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Sommet du Frezillon, vu du Grand nid d'Oiseau
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Plaisir de retrouver l'immense paix de la montagne. Il fait un temps de chien. Mais le mauvais temps a du bon : Il est toujours particulièrement agréable d'entendre hurler le vent et tambouriner la pluie sur le toit de la cabane. Il y a le vent, qui gronde en toile de fond, comme une sorte de menace, qui enfle, hurle, se retire, revient etc. et les gouttes de pluie qui, selon l'endroit où elles frappent le toit, génèrent un autre son, un autre rythme, dans une suite de petites rafales sonores, crépitantes, inattendues. Je suis plus avide de ce style d'orchestre que de fanfares, cotillons et autres pétards, dont j’évite régulièrement les intrusions sonores en me cachant dans la montagne ! De temps à autre, bing ! Une petite branche tombe sur le toit.
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J’écris. Il est déjà 15 heures. Je viens juste de manger avec grand appétit mon premier repas de la journée : une belle saucisse de Montbéliard aux lentilles, arrosée d’un verre de Beaujolais nouveau. En dessert : ananas, café, gâteaux soja-orange. Je n’ai pas pris un seul petit déjeuner de la semaine et ne mange guère non plus le soir. Comme il fait gris et qu’il pleut sans cesse et que j’ai très peu d’activité physique, j’ai amorcé une sorte de "processus d’hibernation". Je vis au ralenti. "Dormir plus, manger moins, consommer moins". Moins de nourriture, moins de chauffage. Tout le monde n’a pas, comme moi, cette liberté d’hiberner ! On ne peut plus, actuellement, vivre selon la sagesse des anciens qui consistait à avoir activité soutenue en été, ralentie en hiver, à tenir compte de l’horloge biologique, calée, qu’on le veuille ou non, sur la lumière.
Plaisir de retrouver la possibilité, l’autorisation de lire. Cette fois, j'ai choisi le dernier magazine "Terre sauvage-octobre 2007" et Italo Calvino, "Le baron perché"
Dans le magazine Terre Sauvage, un article de Maurice Soutif, illustré des photographies de Vincent Munier, m’intéresse particulièrement. Dans la réserve des tourbières et rochers du pays de Bitche : "Ligne Maginot, la belle revanche de la nature : "Que de morts, de sang et de larmes ! A Niederbronn, au pied des Vosges septentrionales, 15 000 jeunes soldats reposent sous le gazon d'un cimetière allemand. Théâtre de combats pendant plus de 2000 ans, le Rhin donne encore à voir des forteresses datant d'avant Jésus-Christ. Mais Dieu que la paix est jolie quand revit la nature !" Maurice Soutif.
Le baron perché d’Italo Calvino. Résumé : "Monté à douze ans dans les arbres, Côme, baron du Rondeau, décide de ne plus jamais en descendre. Nous sommes en 1770. Des années plus tard, toujours perché, il séduira une marquise fantasque et recevra Napoléon en grande pompe".
Un extrait du livre :
"Côme souleva un pan de toile et me fit entrer. A la lueur de la lanterne je découvris une sorte de petite pièce couverte et fermée de tous côtés par des rideaux et des tapis ; au centre passait le tronc du frêne ; en guise de parquet, des planches reposaient sur des branches maîtresses. Au premier instant, j’eux l’impression de pénétrer dans un palais ; mais je ne tardai pas à m’apercevoir que ce palais était instable ; le poids de deux enfants en compromettait l’équilibre et Côme dut aussitôt s’évertuer à réparer des voies d’eau et des affaissements. Il employa les deux parapluies, grands ouverts, pour obvier à deux trous du plafond ; mais l’eau coulait par maints autres interstices ; nous étions tous les deux trempés. Quant à la température, autant se trouver à l’extérieur. Pourtant, il avait amassé là une telle quantité de couvertures qu’on pouvait s’enterrer dessous en ne tenant que la tête dehors. La lanterne en oscillant donnait une lumière incertaine ; les branches et les feuilles projetaient sur les murs et sur le plafond de cette étrange construction, des ombres enchevêtrées."
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Je lis, assise devant la table, ou bien allongée sur le banc, devant la cheminée, selon une vieille habitude. Aujourd'hui j’ai, pour oreiller une cagette, posée à l’envers sur le banc, sur laquelle j’ai posé un gros catalogue de la Redoute et, pardessus tout cela, un vieux coussin. Parfois, un rondin de bois fait tout aussi bien office de repose-tête. Je lis. A intervalles réguliers, prise d'une inspiration subite, je me lève pour pour faire quelques photographies. Le bleu de Prusse très pâle du jour agonisant, vu à travers la fenêtre en face de moi, me fait bondir pour un cliché.
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Les bougies et le livre, quelle belle nature morte !
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Les lueurs étranges dans la cabane, vues de l'extérieur, les reflets des arbres qui s'y inscrivent...
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J’en ferai profiter mes lecteurs...Tiens ! Le blog et le pc feraient-ils subitement irruption dans la cabane ? Peut-on écrire et photographier pour soi tout seul ? J’en doute. Comme je l’ai mis en page d’accueil de Vosges-passion, « Exprimer c’est s’enrichir ; c’est encore un geste social ; c’est communiquer aux autres son bonheur, sa joie, sa pensée et attendre la réponse. » J.-Léopold Gagner.
Ecrire c’est vouloir partager un ressenti et savourer une intense satisfaction quand des lecteur vous font part de leur intérêt, du bonheur qu'ils éprouvent à vous lire, ou bien vous critiquent de façon pertinente. Pour moi, la critique est toujours positive, elle donne à penser, fait avancer.
J’écris affreusement mal avec un stylo. Ca n’a l’air de rien, ces gribouillis presque illisibles, ici, sur ce carnet. Et pourtant, recopiés dans « Word, au kilomètre », puis ordonnés, corrigés, coupés-collés, des phrases ou des chapitres vont se mettre lentement à leur place et la magie de l’écriture va opérer. Ca ressemblera à une histoire, à une vraie histoire.
Je me demande si je vais dormir ce soir seule dans la cabane. Je me décide toujours à la dernière minute. J’attends que l’obscurité naissante m’aide à y voir clair. Si j'ose dire.
Vingt heures. Il fait nuit noire. Il est doux d’être ici. J’ouvre Terre sauvage « Alsace-Lorraine, la belle revanche de la nature »…. Un bruit de voiture. Deux faisceaux de lumière jaune trouent la nuit et font irruption sur ma table… Qui est-ce ? On toque à la porte. Entrez ! C'est un couple d'amis. comme ils sont heureux d’entrer dans la cabane toute chaude.
Suite : Méditation dans la cabane, transparences
Article en rapport : Sylvain Tesson, six mois de cabane au Baikal

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