Joyeux Noël 2006 dans les chalets de la Doller 1/2

par Mart  -  13 Septembre 2007, 10:56  -  #Ballon d' Alsace et environs

Dolleren, 24-12-2006.

Tous les chalets de la Doller

 

Fuyons ! Cette année, c'est décidé, nous échapperons totalement à la pollution sonore et visuelle que les villes nous imposent. Cap sur le Ballon d'Alsace et les chalets de la Doller.

 

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Le soir de Noël, jeux de lumière à l'aide de la lampe frontale,

fuste Graber Breitenstein

 

« Noël est une atrocité qui rivalise avec la grande peste de Londres et l’incendie de 1665-66. Personne n’échappe aux sentiments mortels de découragement, d’insuffisance, d’anéantissement, de solitude, de culpabilité et de pitié. Personne n’échappe à ces sentiments utilisés par la société, la religion, les amis et la famille, par les responsabilités tout à fait artificielles de souhaiter des vœux futiles, d’envoyer des cartes banales, d’échanger des cadeaux indésirables, d’aller dans des fêtes ennuyeuses, de se retrouver avec les connaissances et la famille qu’on évite tout le reste de l’année… en bref, d’être brutalisé par une « fête » qui a perdu virtuellement toutes ses significations originales et est devenue un stratagème de vente pour les fabricants de téléviseurs couleur et les dévastateurs des régions boisées".
Harlan Ellison

(in “No Offense Intended, But Fuck Xmas!”, The Harlan Ellison Hornbook) (traduction, version originale en anglais sur Wikiquote)

 

 

Les deux amis sont ponctuels et en moins de trois heures, nous arrivons dans cette région magnifique située à l'Est du Ballon d'Alsace, l'accueillante vallée de la Doller.  Du lac d'Alfeld à Masevaux, "la vallée des castors" (lac de Sewen)  est un paradis absolu pour les randonneurs. Le parking "Le Schlumpt", 671 m, au pied de l'abrupte piste de téléski,  accueille notre véhicule. Carte IGN 3620 ET (Thann Masevaux Ballon d'Alsace) en mains et sac à dos lourd de victuailles bien arrimé, nous voici partis pour trois jours de randonnée en autonomie totale, dans la montagne hivernale, au-dessus de la ville de Dolleren.

 

Dans la montée, on tire la langue ! Surtout le courageux "élément masculin du groupe", de loin le plus chargé, notamment d'une bourriche d'huîtres pesant au bas mot ses deux kilos... Heureusement, l'étude soigneuse de la carte nous a appris que des sources nous approvisionneraient en eau là-haut... Mais bon, on a beau critiquer les fêtes de Noël, on veut bien les arroser un peu quand même, et certaines bouteilles pèsent lourd ! (sans compter l'indispensable matos photo, qui est de toutes les sorties).

 

D'emblée, le paysage fantastique nous fait oublier tous nos efforts, ou en tout cas les place au second plan. Cap vers le Holschlagskopf (756 m), par le sentier cercle  vert, après cafouillage de notre homme qui, malgré sa charge importante et ses huîtres à bout de bras, semble avoir des ailes !  Il ne faudrait pas faire trop d'efforts inutiles car il  s'agit quand même de rallier le refuge Graber Breitenstein, situé à environ 900 m d'altitude, ce qui représente environ 230 m de dénivelée, et en hiver la nuit tombe très tôt !

 

Nous contournons le Holschlagskopf par le nord, pour rejoindre le sentier cercle rouge, en direction du Striedel. Nous passons par les paysages sauvages de la magnifique chaume où la ferme Graber est nichée, dans un silence de fin du monde. Puis nous piquons vers le sud-ouest, par le sentier cercle rouge, qui nous mène, par une rude montée, et en passant par le Bramenstein et le Sumpfenkopf, à la fuste Graber Breitenstein.

Nous sommes arrivés devant le refuge.

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 Fuste Graber Breitenstein



Nichée dans une brume épaisse, petite maison frileuse ramassée sur elle-même, calfeutrée dans le paysage mystérieux, la fuste Graber Breitenstein nous ouvre sa petite porte de bois.

Cette belle ambiance froide et silencieuse, me rappelle une certaine randonnée hivernale sur l'Altenberg dans le massif du Grand Ventron (racontée dans "Mes mille maisons des Vosges"), et l'atmosphère troublante d'un conte d'Andersen : "La reine des neiges"... Ce petit chalet de rondins prendra toute sa dimension d'humanité et de chaleur, quand nous aurons mis quelques bûches dans son fourneau. Qu'il est bon d'être arrivés et de poser son sac ! La forêt voisine regorge de bois mort et, avant de passer à table, il nous reste encore un peu de temps pour aller en chercher et ne pas "taper" bêtement dans le stock existant.



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Hum ! Miam ! La dégustation des huîtres commence !

Il y en a beaucoup et elles sont très grosses, quelle belle nature morte, sur des serviettes en papier rouges et à coté de bougies jaunes et roses ! Et il n'y a personne dans les parages, nous sommes absolument seuls à profiter honteusement de cette situation, de cet endroit paradisiaque, de la bonne chaleur du fourneau...

Dehors, la nuit nuit est noire et froide. Il est 20 heures passées. Nous pouvons être tranquilles ? Eh bien non... Il semble que là, dehors, nous entendions des voix..

C'est l'angoisse a priori, car le chalet est très petit, à peine suffisant pour loger trois personnes pour la nuit. Quant à un groupe, n'y pensons pas, mais il semble improbable de pouvoir s'enfuir... Cinq personnes entrent. Consolons-nous ils ont l'air sympa, ce ne sont pas les jeunes fêtards bardés de pétards et de canettes que nous redoutons... Il faut dire que l'accès du chalet n'est pas facile, alors "ça trie sur le volet" le style de randonneurs qui réussit à y parvenir, surtout de nuit !

Le contact est chaleureux et nos visiteurs nous apprennent qu'ils sont en fait des habitués de l'endroit, ils viennent là traditionnellement le soir de Noël, également pour être au calme, et faire quelque chose d'un peu exceptionnel. "Du grandiose, sinon rien !". Et puis, vouloir passer Noël plus près du ciel, quoi de plus normal ?

 

Dolleren-Graber-Breitenstein2.jpgRepas de Noël dans la fuste Graber Breitenstein



Le jeune homme à l'air songeur et réservé nous raconte qu'il a fait avec son amie, un immense périple en vélo, d'Anchorage à Ushuhaia et qu'il pense faire publier le récit de cette aventure. Puis il me dit qu'il vient de lire un super bouquin intitulé "Mes mille maisons des Vosges", que ma physionomie lui dit quelque chose, lui rappelle quelqu'un... Il envisage de se faire éditer aux éditions "Les Petites Vagues"  (1) ! Alors là, nous sommes encore en train de vivre une de ces rencontres de terrain peu banales ! "Ainsi, nous aurons le même éditeur", lui dis-je en me présentant ! Et le repas se poursuit dans la plus franche cordialité. Vers 22 h 30, nos visiteurs prennent congé et redescendent vers la vallée, nous laissant l'impression d'une rencontre un peu magique...

(1) Voir ICI

 

 

Dolleren-Graber-Breitenstein1.jpgRéveil à la fuste Graber Breitenstein

 




25-12-2006 - Après une belle nuit de sommeil, quel réveil glorieux : le soleil inonde les fenêtres du chalet et la petite montagne tout proche ! La brume a fondu, on dirait qu'elle a glissé dans la vallée où elle étouffe choses et êtres de son épais manteau blanc. Il est temps de quitter notre doux toit de prairie : en route, pour le Kirchberg et la découverte de la fuste Sommerseite, par le GR 531 (rectangle vert) !

 

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Fuste Graber Breitenstein, la barrière

 

 

Voyage dans le bleu... Si le soleil dore certains versants de la montagne, d'autres sont encore dans l'ombre. Pour aller nous approvisionner en eau à la source de la Doller, nous passons devant la ferme de la Fennematt, qui semble encore assoupie, figée dans le froid matinal...

 

Dolleren-La-Fennematt.JPGFerme de la Fennematt

 

 

Dolleren-Source-de-la-Doller.jpgSource de la Doller



Il m'est toujours plaisant de boire à longs traits l'eau de la montagne et de remplir mes bouteilles, avec cette délicieuse impression d'être ensuite habitée par tous les petits génies des sources, ou tout du moins d'absorber quelques infirmes particules de minéraux qui ont circulé sous cette belle terre des Vosges. Enfin... Ces délires romantiques n'engagent que moi !



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Les ânes curieux



Les sacs à dos à nouveau bien alourdis, nous allons attaquer la montée vers le Kirchberg, via la ferme du Lochberg, en empruntant le rond vert, à gauche, qui monte vers la crête. A droite du sentier, deux ânes prennent le soleil dans une belle prairie blonde au bord d'une forêt givrée, et regardent passer les trois sherpas. Curiosité réciproque ! Les distractions sont rares en ce lieu et à cette heure !


Presque deux kilomètres de montée, et voici le chalet qui apparaît, sur la seconde éminence de la crête de la montagne, à 1 006 mètres, dans un décor fantastique de vieux hêtres tourmentés. C'est la fête à l'intérieur ! Une tablée de joyeux lurons aux têtes coiffées de bonnets de père Noël, festoie joyeusement, nous invitant à partager bonne chère et bon vin !





Dolleren-Kirchberg-Sommerseite2.JPGFuste Sommerseite, Kirchberg

 






 

 

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Comme cela s'est produit la veille, toutes ces joyeusetés se terminent, et bientôt, nous nous retrouvons perdus dans l'immense silence de la forêt... Et comme on l'imagine, cela n'est pas fait pour nous déplaire.



Dolleren-Sommerseite-Kirchberg-Noel-vin-chaud.JPGUn doux parfum d'épices...

Après le traditionnel vin chaud, c'est l'heure du repos dans la tiédeur délicieuse du fourneau...

 

Suite : Joyeux Noël 2006 dans les chalets de la Doller 2/2

 

 

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krapo 06/11/2008 00:40

Bonsoir,

superbe la randonnée dans la brume,
j'ai beaucoup aimé les hêtres centenaires,
ainsi que les autres photos d'arbres

bonne continuation

Chantal 18/09/2007 17:29

Chère Martinecomme je suis contente de te retrouver, cela doit faire 20 ans qu'on ne s'est vues, mais qu'importe, je garde de toi une vision éblouïe.Depuis tout ce temps, je m'occupe d'achater des livres et m^me d'alsatiques, quelle ne fut pas ma surprise de voir que tu en avais écrit un! à l'époque tu peignais... fais-tu encore des tableaux? Tes balades, je veux dire tes périples c'est tout ce que j'adore!il s'en est passé des choses depuis tout ce temps...raconte-moi, j'ai envie de te retrouver au moins par ce biais, sinon, mon nom est dans l'annuaire mais je te le donnerais par l'email cité.est-ce que tu peins toujours???bises de Chantal

ASSO Chantale 14/09/2007 18:26

Moi... j'me promène dans les forêts de papier mystérieuses de Martine et je me  laisse aller dans la magie de ses photos... J'en redemande encore !! Et puis, je recommande ce blog à tous ceux et celles qui ont encore une âme d'enfant. N'en déplaise aux esprits chagrins.

MARC HEIMERMANN 13/09/2007 20:39

franchement, j'ai bien aimé...Bravo. Bisous
marc