Partager l'article ! Couleurs de la Chaume des Neuf Bois: « Je lègue à mes amis un bleu c ...
« Je lègue à mes amis
Viera da Silva, "Le Testament"
un bleu céruleum pour voler haut
un bleu de cobalt pour le bonheur
un bleu d'outremer pour stimuler l'esprit
un vermillon pour faire circuler le sang allègrement
un vert mousse pour apaiser les nerfs
un jaune d'or : richesse
un violet de cobalt pour la rêverie
une garance qui fait entendre le violoncelle
un jaune baryte : science-fiction, brillance, éclat
un ocre jaune pour accepter la terre
un vert Véronèse pour la mémoire du printemps
un indigo pour pouvoir accorder l'esprit à l'orage
un orange pour exercer la vue d'un citronnier au loin
un jaune citron pour la grâce
un blanc pur: pureté
terre de Sienne naturelle: la transmutation de l'or
un noir somptueux pour voir Titien
une terre d'ombre pour mieux accepter la mélancolie noire
une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de durée »
Ferme-auberge du Rouge Gazon
12-3-2007
Le marcheur, même très peu entraîné, peut aisément, au départ de la ferme auberge du Rouge Gazon, partir à la découverte de la Chaume des Neuf Bois. Un agréable sentier en balcon, le GR 531, plonge au bout de quelques centaines de mètres, vers les lacs et la chaume des Neuf Bois, qu’il traverse pour aller en direction du col de Bussang. D’emblée, le paysage fascine. S’élançant vers un ciel bleu saphir, une lande accidentée, aux allures nordiques, déploie une palette de subtiles nuances safran, émaillées de places champagne.
Des rochers acérés, déchiquetés, comme autant de montagnes miniatures, apparaissent ici et là. Dominant le paysage paisible et signalant d’étroites plates-formes, ils invitent le promeneur à s’y installer. Ce que je fais. Il est midi.
Une très vieille ferme à la croulante géométrie fauve et blanc de zinc, sommeille au pied des pentes douces.
Les arêtes vives des blocs de granit font d’extraordinaire mosaïques de taches jaune chrome et fleur de soufre, gris fumée, perle et rose saumon. Les petits lichens gris déploient leurs dentelles et géographies minuscules sur l’arête des rocs. Tout cela se découpe de façon admirable dans le ciel pur.
Les tapis feutrés de myrtilles d’un brun fauve, se marient au vert fluo des mousses. Ici et là, de rares taches brun sombre signalent une touffe de callunes. Des boules craquantes de mousse argentée, que l’on nomme lichen des rennes, ou lichen cladonia, tapissent les étroites plates-formes. Des bosquets d'alisiers aux fines branches rouges et de hêtres argentés, attendent avec recueillement l'explosion printanière.
A l’horizon nord-est, tenter de repérer la perle qui coiffe le sommet du Grand Ballon, en arrière plan de la tête escarpée du Rouge Gazon.En contrebas, plonger le regard dans un des trois petits lacs, vert sapin, serti dans un écrin de neige bleue et d’herbes pâles, laissant entendre le doux murmure de la source qui l’alimente.
Pénétrer au cœur de la petite forêt de hêtres fayards, que l’on dit « tortillards », tourmentés, torturés à souhait, figés dans ce qui semble être un processus toujours latent : cette volonté de s’agripper au terrain, de résister à tout, coûte que coûte… Se faire branche parmi les branches, tronc contre les troncs, écouter ce qu’ils ont à dire de s’être établis là, accrochés aux pierres rudes, sur cette pente abrupte, face au Grand Ballon…
Grimper, bientôt hors d’haleine, la pente raide qui mène au sommet de la tête des Neuf Bois, qui, du haut de ses 1228 mètres, talonne de très près (13 mètres) sa majesté le Ballon d’Alsace (1241 mètres). Y découvrir, émerveillée, la première petite fleur du printemps, la scille à deux feuilles, dont les délicats pétales bleus ont triomphé des rudes feuilles craquantes de l’automne. Exemplaire absolument unique en ce jour de mars, une longue promenade sur la tête des Neuf Bois ne m’en révèlera aucun autre. Seul, un alignement de belles pierres, feutrées de velours vert mêlant les douces nuances de l’absinthe, la chartreuse et la menthe, me suggère un second arrêt contemplatif…
Redescendre, en contournant la vaste tourbière à l’œil bleu inaccessible, qui semble peuplée d’une foule de trolls enlisés, dont seule dépasse la tête chevelue...
Faire quelques pas sur l’étroit sentier sombre et mystérieux, s’enfonçant dans la forêt, perché au bord d’un abîme au fond duquel mugit un torrent… Se diriger prudemment vers la « cuisine du Diable », cette grotte nichée dans la paroi sauvage où, paraît-il, « il fait toujours chaud », juste avant de remonter abruptement vers la tête du Rouge Gazon, sur laquelle on débouche, épuisé, les mollets douloureux…Et là-haut, mettre le cap immédiatement vers la ferme auberge du Rouge-Gazon, pour y convoiter longuement, devant une vitrine brillante, une palette alléchante de gâteaux et tartes aux myrtilles, pommes, poires, framboises… Juste avant de les croquer et de laisser leurs couleurs fondre dans la bouche.
(note de l'auteur : j'y retourne volontiers, dès que possible... pour faire la photo !)
28 juillet 2007 : C'est fait !

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